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05/04/2011 Audit de passation des marchés : L’expertise sénégalaise en vedette au Burkina

Source : Le Quotidien (paru le mardi 5 avril 2011)

Le cabinet sénégalais CICE a mis en exergue la compétence de ses cadres en raflant à des cabinets européens l’audit des marchés publics du Burkina. Un travail dont la restitution a été effectuée vendredi dernier à Ouagadougou, à la satisfaction des différents acteurs. Une boutade est souvent entendue dans l’Administration comme dans les milieux des organisations in ternationales. Il se dit que les Bur ki nabè, les Tchadiens et les Nigériens entre autres, ont l’habitude de déclarer qu’il ne faut pas se casser la tête à faire des études par rapport à des situations ou à des problèmes à résoudre. Quand cela se présente, il y a toujours un responsable qui dit : «Il suffit d’aller au Sénégal, et de prendre les études qu’ils ont produites et classées dans leurs tiroirs. Cela reviendra beaucoup moins cher !» Une manière de reconnaître l’expertise sénégalaise qui, dans le pays même, est souvent sous-évaluée.

Pourtant, cette boutade, qui est peut-être apocryphe, a connu une certaine réalité au Burkina Faso. Vendredi dernier, l’Agence de régulation des marchés publics (Armp) de ce pays, a fait la restitution de l’audit des marchés publics passés durant les gestions 2008 et 2009, après son entrée en fonction. En effet, en conformité avec les directives 004/2005 et 005/2005 de l’Union économique et monétaire de l’Afrique de l’ouest, relatives aux marchés publics et aux délégations de service public, le Burkina Faso a créé son Armp en mai 2007. Mais il a fallu un autre décret, de 2009, pour permettre à cette structure de mieux se conformer aux directives de l’Union économique régionale.

Bien qu’ayant vu le jour presqu’au même moment que celle du Sénégal, la structure burkinabè ayant en charge le contrôle des marchés publics a commencé ses audits beaucoup plus tard. Mais elle en a profité pour faire les choses en mieux. L’Armp a lancé un appel d’offres international pour sélectionner le cabinet qui devait faire le travail, et c’ est le cabinet sénégalais CICE (Com pagnie internationale de con seil et d’expertise) qui a été choisi, à la suite d’une sélection rigoureuse, surclassant même des cabinets européens.

D’ailleurs, cela a valu aux Burkinabè de ne pas être financés par l’Union européenne pour ce travail, contrairement à ce qui avait été prévu. Les Européens ne s’étaient certainement pas attendus à ce qu’un petit cabinet sénégalais vienne coiffer au poteau leurs prestigieuses compagnies.

Pas de cas de fraude

Quoi qu’il en soit, le travail de CICE, qui a duré près de dix mois, et respecté rigoureusement les délais qui lui étaient impartis, a été fortement apprécié et loué lors de la restitution, vendredi dernier à Ouagadougou. Et la plupart de ses recommandations ont été adoptées sans grande modification, par les représentants des autorités contractantes, des structures de contrôle, ainsi que par ceux de la Cour des comptes, entre autres participants.

M. Yous souf Sakho, Administrateur général du Cabinet africain d’expertise et de con seil (Cafec), et par ailleurs, ancien Directeur général de l’Armp du Sénégal, était l’un des consultants associés par le cabinet Cice à cet audit. Il s’est félicité que le travail des auditeurs n’ait pas mis à jour des cas de fraude avérés.

Ici, les dysfonctionnements ont porté, selon M. Sakho, sur l’absence de renforcement des capacités des autorités con tractantes, sur le besoin d’harmonisation de la réglementation na tionale par rapport aux dispositions des directives, ainsi que sur l’amélioration des contenus des dossiers-types de passation des marchés. Il y a également les défaillances notées dans l’archivage informatique. Il manque des sstatistiques sur les avis, et celles disponibles sur les rejets, ne sont pas automatisées. Cela étant dit, l’ancien Dg de l’Armp a tenu à indiquer que «le Burkina est sur la bonne voie».

Echantillon représentatif

L’une des raisons de cet optimisme, c’est que l’audit n’a pas noté d’indice de fraude dans les marchés passés. Car, en dépit des faiblesses, les auditeurs ont noté que «les procédures sont respectées, les publicités sont faites dans leur bulletin des marchés publics, et il y a une plus grande lisibilité dans la mise en place des short-lists». Et M. Sakho d’ajouter : «On sent ici une volonté des différents acteurs à améliorer la situation, et les critiques sont acceptées de la manière la plus positive possible.»

Sans le dire sans doute, ou peut-être même le penser, mais des paroles qui sonnent comme un pavé dans la mare des procédures d’audit au Sénégal, avec leur lot de polémiques et de débats politiciens. Comme pour conforter cela, Man sour Gaye, le directeur de CICE, note qu’au Burkina, «les gens savent faire la différence entre un audit et une mission d’inspection, ce qui n’est pas le cas au Sénégal». L’audit au Burkina a porté sur les marchés passés par 16 ministères et 4 sociétés d’Etat. Une agence n’a pu être auditée car ses marchés n’étaient pas encore conformes aux directives de l’UEMOA.

Un échantillon assez représentatif du système, selon le sentiment général. Le secrétaire permanent de l’Armp du Burkina, M. Mamadou Guira, qui a été le maître d’œuvre du travail d’audit, avait du mal à cacher sa fierté à l’issue de la restitution. Il n’a pas tari d’éloges à l’égard du cabinet CICE, et du travail qu’il a accompli, dans des conditions pas toujours faciles. Mansour Gaye, le directeur de CICE, a mobilisé une vingtaine de personnes, qui ont travaillé quasiment en permanence sur le terrain, depuis le mois d’août de l’année dernière. Pour lui également, le challenge était à la mesure de la fierté ressentie par rapport au défi relevé, en dépit d’énormes sacrifices.

Mouhamed GUEYE

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